VSD 1984

Accueil
Remonter
Brevet
Dauphiné Libéré
Vol Libre N°160
VSD 1984
Le vent des records
Turbulences
1/ Vol Libre 10/89
2/Vol Libre 10/89
PPM Décembre 1989
Survie Magazine
Les concepteur P Mag N°8
P MAG aout 1990
Bedouet en Car de Finale
Ventus au pays de Dracula
Autre invention
Trekking
A deux c'est mieux
Société Ventus S.A.

VSD Juillet 1984

D’un geste, Jean-François me montre l’arête de la falaise. Là-bas, au bout de la pente d’herbe grasse qui descend à pic, c’est le vide. Six cents mètres de parois, de forêts qui plongent dans la vallée.

Dans mon dos, la voilure bleu-blanc-rouge du parachute s’étale sur le sol. Il s’agit d’un « foil »au profil d’aile d’avion. Deux rectangles de toile de sept mètres d’envergure reliés l’un au-dessus de l’autre et formant sept alvéoles. Harnaché, un talkie-walkie coincé sur ma poitrine, je me prépare à sauter. Le décollage nécessite un bon vent de face. Du coin de l’œil, Jean­François surveille un bout de ruban attaché à un piquet.

— Tu as bien compris. Quand je crie « moteur », tu cours dans la pente, les bras levés au ciel. Quand je te le dis, tu lâches les élévateurs avant et tu freines en tirant sur les commandes. Surtout, tu files tout droit sans te laisser embarquer à droite ou à gauche. Pour l’instant, le ruban virevolte dans tous les sens. En attendant un vent propice, j’avale ma salive, un peu crispé. Vu d’ici, de la pointe du Pertuiset (1700 mètres), le départ est bigrement impressionnant. On n’aperçoit même pas le ter­rain de football de Mieussy (700 mètres) où se trouve la cible d’atterrissage. Et si je dévalais la pente sur les fesses. Et si je percutais un sapin, un rocher ou, pire, un chalet. Et si le parachute partait en torche. Et si...Jean-François, qui connaît bien cette appréhension qu’éprouvent tous les débutants, me rassure d’un clin d’œil.

— Une fois en l’air, il ne peut plus rien t’arriver. Avec le talkie-walkie, je vais te guider jusqu’à la falaise et, ensuite, Gérard Bosson prendra le relais depuis le terrain d’atterrissage. Brusquement, le vent se met à tourner. Jean-François et Max, un deuxième instructeur, soulèvent chaque extrémité du parachute. Aussitôt les sept alvéoles de l’aile se gonflent.

— Moteur! hurle Jean-François. Comme un cocher qui fouette son attelage, mes deux bras ramènent la toile au-dessus de ma tête. C’est parti. Un début de sprint dans la pente et mes pieds s’emballent.

— Freine ! crie Jean-François.

Je tire doucement sur le morceau de bois coincé dans chaque main entre mes doigts. Reliées au bord de fuite arrière, ces deux commandes permettent, en modifiant la voilure, de ralentir ou d’orienter l’aile.

Relâche-les!

Aussitôt, le parachute se déploie dans un clament sec au-dessus de ma tête. Soudain, le sol se dérobe. L’impression d’être arraché de terre, soulevé comme un flocon.

«  Je me laisse porter par la brise. Une balade à 35 km/h »

  Maintenant, la voix de Jean-François grésille dans le talkie.

— A droite, bon sang!

En tirant doucement sur la commande, le parachute vire docilement à droite.

— A gauche maintenant!

Me voilà dans la bonne direction. Cap sur le chalet du père Louis posé sur le rebord de la falaise. Il faut le survoler avant de passer la barrière rocheuse.

— Lève tes bras

C’est le geste qu’il faut faire pour ne pas perdre d’altitude. Si l’on arrive trop bas sur le chalet, il faut se poser dans Un champ cerné par la forêt de sapins. Les parachutistes du Club des Choucas appellent cela « faire une chapelle». Parce qu’il faut redescendre à pied jusqu’à une minuscule église posée à flanc de montagne. Au passage, le père Louis vous offre une tournée de pastis. Pas d’apéritif cette fois-ci. Suspendu dans les airs avec l’impression d’être assis dans le ciel, le chalet défile sous mes pieds. Voilà le rebord de la falaise. Les masses d’air qui rebondissent sur ses flancs font trembler l’aile. Mais Gérard Bosson, le président du club, qui vient de me repérer du terrain, vient à ma rescousse.

— C’est bon. Freine un peu.

Je ramène les commandes au niveau des épales les. Aussitôt les turbulences disparaissent comme par enchantement. Fini le creux à l’estomac. Maintenant, je me laisse porter par la brise. Tout en admirant le panorama. Une promenade à 35 kilomètres/heure sans jamais avoir l’impression de descendre. L’air me siffle aux oreilles. Vues de six cents mètres, les routes semblent tracées au crayon gras. Le Giffre, une rivière à truites, se tord comme un serpent. Au loin, j’aperçois le mont Blanc noyé dans la brume. Et puis Messy, Dessy, Mieussy, petits villages de Haute-Savoie aux chalets blottis les uns contre les autres. Un paysage étonnant, quadrillé comme un patchwork.

— Maintenant, tu dois apercevoir le terrain, dit Gérard.

Effectivement, le rectangle vert clair du Football-club de Mieussy fait une tache sur le sol. Avec, à ses côtés, le carré gris de la cible de graviers. Virage à gauche pour suivre la départementale. Puis virage serré à droite pour piquer sur le terrain. Armé de son talkie-walkie, Gérard Bosson galope sur le terrain pour surveiller la manœuvre. Il faut atterrir face au vent et donc surveiller la manche à air. Encore trente mètres avant l’arrivée au sol. Vingt mètres.

— Freine un peu, dit Gérard.

Je ramène les commandes au niveau du buste. Dix mètres.

— Encore!

Le sol approche à toute vitesse.

— Tire à fond!

Au moment de l’atterrissage, il faut amener les commandes le plus bas possible devant soi. L’aile se cabre. Le parachute semble un instant remonter au ciel. Puis c’est la rencontre avec la terre ferme. Le choc est un peu rude. Les parachutistes confirmés arrivent à se poser comme des papillons. Cette extraordinaire promenade a duré huit minutes. Mais Roger Bedouet, un moniteur du club de 33 ans, a réussi en partant de la pointe du Pertuiset à rester 51 minutes en vol. Cela, en utilisant les masses d’air chaud (les pompes), qui permettent de prendre de l’altitude. Pour la première fois de ma vie, j’ai sauté en parachute. Facile? Franchement oui. Bien sûr, de m’élancer seul des flancs d’une montagne il me faudra une trentaine de vols comme ci sous l’œil vigilant d’un moniteur.

Emporté par un vent de travers, Pour se retrouve dans un cerisier

Avant de lancer un débutant de la pointe Pertuiset, dit Gérard, il faut en moyenne une journée de formation. Ensuite il faut voler de nombreuses fois pour affiner le contrôle de ses commandes et faire face à toutes les situations. Même quand les turbulences sont très fortes, le Foil ne peut pas se mettre en torche. Mais il faut savoir corriger sa trajectoire, sentir les vents et freiner au bon moment.

Au Club des Choucas, les débutants s’initient sur une grosse colline pentue à 40 %, située à onze kilomètres de Mieussy. La veille de notre premier grand vol, nous étions sept débutants. Françoise, une animatrice de 33 ans, Martial, un assureur de 34 ans, Paul, un électricien de 23 ans, Claude, un chauffeur-livreur, Benoît, un adolescent, et Fabienne, une petite fille de 12 ans.

En bas de la pente-école, on apprend d’abord à plier son parachute. C’est finalement le plus compliqué. Difficile de s’y retrouver dans cet enchevêtrement de suspentes (les fils qui relient la toile de l’aile au harnais). Finalement, les 24 mètres carrés de nylon sont pliés en accordéon dans un sac attaché par des courroies au dos de chacun.

Puis c’est la montée en file indienne jusqu’en haut de la colline. Cette pente escarpée, il faut la grimper quinze fois de suite avant de pouvoir effectuer le premier grand vol.

Après avoir écouté les conseils du moniteur pour décoller, c’est le premier saut. Et les pre­mières chutes. Au début on atterrit sur les fesses dans un tapis de boutons d’or et de géraniums des prés. Emporté par un méchant vent de travers 

, Paul s'est retrouvé coincé à cinquante centimètres du sol.. Son parachute planté dais un cerisier. Martial a rampé quelques mètres vaut le prendre son envol. Bref, on en ressort moulu, fourbu et couvert de bleus. Mais après, une dizaine de sauts, décollages et atterrissages sont fresque parfaits.

- Tout le monde peut apprendre en deux jours, dit Gérard Bosson. Même ,si l'on n'a jamais mis les pieds dans un avion. Le .vol de pente n'est pas un hobby de casse-cou. Il faut apprendre à se dominer et à rester calme. Cette année, j'ai formé soixante dix débutants. Les enfants peuvent venir à partir de 12 ans. Ce sont eux qui volent le plus vite. Parce qu'ils sont attentifs, légers et qu'ils n'ont aucune appréhension de la pente. Mais j'ai aussi formé des grands-pères de 60 ans.

Gérard Bosson, c'est le père du vol de pente, une discipline encore neuve qui vient juste d'être reconnue par la Fédération française de parachutisme. Ce petit home trapu au regard doux, postier, auteur de quarante romans ou nouvelles, pratique le parachutisme d'avion depuis vingt-deux ans. Trois fois champion de France en précision d'atterrissage, c'est lui qui le premier dans le monde. a décollé du haut d'une montagne avec un parachute. Une coupe du inonde pourrait être créée l'an prochain.

Les bras levés au ciel, le parachute déjà déployé, notre reporter prend son élan en courant dans la pente. Au bout de quelques dizaines de nôtres, aidé par les vents portants, il s’envole. Toute la manœuvre consiste, grâce aux suspentes, à se diriger vers le terrain de football de Mieussy Pour cela, Il est guidé, grâce à un talkie-walkie, par Jean-François Bétemps et Gérard Bosson, deux des moniteurs. Son premier vol n’a duré que 8 minutes ; mais un des instructeurs du Club des Choucas a réussi à tenir on l’air 51 minutes.

500 FRANCS POUR

FAIRE LE GRAND SAUT

    Le Club des Choucas organise de mai à novembre des week-ends d’initiation ainsi que des semaines de formation pour groupes d’enfants (à partir de 12 ans) et d’adultes.

    L’initiation au vol de pente coûte 500 francs. Ce forfait débutant comprend les cours sur la pente-école, le prêt du parachute et 15 grands vols avec assistance radio. Pour les parachutistes confirmés, la carte du club coûte 30 francs plus une participation de 50 francs par jour pour la navette qui vous remonte sur la piste de décollage. Ne pas se présenter sans avoir nu préalable pris rendez-vous ou écrit à Gérard Bosson, Club des Choucas, Le Limonet, 74250 Viuz-en-Sallaz

    A Saint-Gervais, Roger Fillon et Pierre Royer donnent été comme hiver des cours particuliers de vol de pente en fournissant le parachute (250 francs l’heure). Plus des sauts à Chamonix pour les parachutistes confirmés. Pour tous renseignements: Roger Fillon et Pierre Royer, Rés. Aiguille-du-Midi, 74310 les Houches

    A Chamonix, Philippe Mazeaud organise à la demande des stages gratuits pour parachutistes confirmés. On saute du plan de l’Aiguille (2300 m) ou de Plan Praz (2000,) pour atterrir à Chamonix (1 000 mètres). Pour tous renseignements : Philippe Mazeaud, Club Para Pente Parachutisme de montagne, 35, rue du Dr-Paccarj, 74400 Chamonix.

    Dans les Pyrénées, le Centre école de parachutisme sportif, présidé par Michel Sarthe, envisage des stages d’initiation dont les dates n’ont pas encore été fixées. Le centre organise des démonstrations gratuites à la demande. Pour tous renseignements: Michel Sarthe, Centre école de parachutisme sportif «Pyrénées Océan », aérodrome de Lasclavertes, 64450 Thézé. Le vol de pente est une activité affiliée à la Fédération française de parachutisme : 35, rue Saint ­Georges, 75009 Paris