Vol Libre N°160

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Dauphiné Libéré
Vol Libre N°160
VSD 1984
Le vent des records
Turbulences
1/ Vol Libre 10/89
2/Vol Libre 10/89
PPM Décembre 1989
Survie Magazine
Les concepteur P Mag N°8
P MAG aout 1990
Bedouet en Car de Finale
Ventus au pays de Dracula
Autre invention
Trekking
A deux c'est mieux
Société Ventus S.A.

Roger Bedouet, c'est une de ces figures qui appartiennent à la légende du parapente. "Après quelques années à bourlinguer en Afrique, à mon retour, j'ai découvert le parapente, en 83 en discutant avec mon facteur; c’était Gérard Bosson". C'est la grande aventure des Choucas, à laquelle, tout de suite, il ajoute un piment supplémentaire: le tandem "... normal pour moi, à l'époque, je possédais une entreprise de transports en commun! Lors des premiers essais avec un Foil 252 (23 m2!), le passager ne s'attachait pas. On ne savait jamais si ça allait décoller, il fallait pouvoir évacuer d'urgence! Si ça partait bien, le passager s'agrippait au pilote pour le vol. Puis j'ai eu une Master, c’était déjà mieux. Aujourd'hui, j'ai plus de 1600 vols en bi, dont quand même 319 avec le Foil; j'ai fait voler tout un foyer du 3ème âge, la doyenne avait 81 ans!

A Mieussy, chaque fois que je tombais sur quelqu'un de la FFP, je me faisais agonir d'insultes, on m'a menacé de poursuites, de saisie... Si aujourd'hui le tandem est tellement divulgué, il faut se souvenir qu'au départ, c'est parce que des "petits cons" se . sont battus pour ça. J'enrage aujourd'hui quand je vois des parapentistes qui essayent de garder ça pour leur profit exclusif en manœuvrant pour obtenir un décret qui en limiterait la pratique. A l'époque da Foil, ça tombait vite et ça demandait certaines qualités de pilotage; mais aujourd'hui, le tandem, ça doit être démocratique, c'est à la portée de tous les bons pilotes. Une qualification, même dure, oui, mais ensuite, payant ou pas, ça ne regarde que le fisc. Mais maintenant, je n'ai plus le droit de me mêler au débat, les gens ne feraient pas la différence entre Bedouet, personne privée, et Bedouet « Ventus », j'ai une obligation de réserve par respect pour mes partenaires".

Le bi parapente à la portée de tous, Roger Bedouet y a très largement contribué: "Un jour, j'ai vendu ma boîte, et avec des copains, on s'est mis à fabriquer des protos.

J'avais emprunté la machine à coudre d'une copine, on se débrouillait pour se faire payer le fil et le tissu par les uns ou les autres...

"Le Bedouet", pour tout le monde, c'est surtout un biplace. Un taux de chute exceptionnel, un vol lent; "on ne sort pas en bi avec 10 m de vent, le but, c'est de faire plaisir au passager, pas de lui faire peur. En revanche, avec mon bi, on peut parachuter à 30 m, on est sûr de poser le passager en douceur!" Le bouche à oreille répand la rumeur que vole en Savoie un bi capable d'enfoncer les meilleurs solos. "Je ne suis pas surpris du développement du marché du tandem aujourd'hui: on en serait toujours au Foil, il est évident qu'il n'y aurait pas beaucoup de pilotes pour cela; aujourd'hui, avec des voiles beaucoup plus performantes, le tandem est à la portée de n’importe qui."

II se décide alors à passer au stade industriel, mais il fait un faux départ avec Trekking. Il renie l'aile construite sur ses plans mais avec des matériaux différents. Alors, avec des amis, il crée Ventus, en s'associant à VTN qui tisse les fibres de l'an 2000 pour des vêtements techniques (gilets pare-balles, combinaison ami G...). "Grâce à VTN, nous avons beaucoup d'ouvertures vers des entreprises de pointe, pour porter notre effort de recherche vers de nouveaux matériaux"- Par exemple, le Dynema, une fibre qui permet de descendre le poids d'un suspentage de 2 kg à 400 g. "Le seul problème est d'ordre psychologique: il faut argumenter des heures pour convaincre les clients qu'ils ne prennent pas de risques avec des suspentes d'un mm. Avec 158 brins au total pour un suspentage complet, avec 160 kg à la rupture sur chacun, ils sont inquiets, mais ça ne les dérange pas ensuite d'accrocher le tout à un maillon qui tient 280 kg!"

Mais si l'homme est extrêmement sage quand on parle tandem, il rien est pas toujours ainsi quand on parle conception... Grand allongement, plan elliptique, profil biconvexe, ouvertures à l'intrados... "Il y a deux ans, j'étais monté à 4,7 d'allongement, j'avais 6,2 de finesse, j'étais critiqué de tous côtés, qu'est-ce que 'j'ai pus entendu: ça allait fermer, ça se casserait la gueule... Aujourd'hui, on trouverait sans doute que ça vole normalement!"

C'est à cette époque que se crée la légende Bedouet des protos d’enfer : "j'ai eu une, voile avec un taux  d'un mètre, mais elle volait à 22 km/h (avec ses 23m2!).Un jour j'ai été pris dans un cisaillement, la voile est littéralement partie avec la turbulence, je me suis retrouvé au sommet d'un sapin'. Il faut dire qu'il, a une méthode bien personnelle pouf tester ses voiles: "Près d'ici, j'ai une machine à turbulences; avec de la bise, à 15 mètres du sol, je peux avoir toutes les fermetures et les réouvertures possibles et imaginables, en situation réelle; chacun son idée sur la sécurité: moi, je pense qu'à 15 mètres de haut, une fermeture en fait perdre 10 et 5  avec la traînée de la voile : et bien je suis toujours là! Avec les Ventus, avec 15 m de hauteur, je n’ai jamais touché le sol ! Ce, qui ne l'empêche pas de raconter avoir en d'autres circonstances, tiré le secours à 4 reprises! Il est vrai que l’homme. se lance des défis audacieux: le premier looping en parapente par exemple; affaire à suivre!

Vol Libre n°160