Serge Tuaz

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Parapente Mag n°100

 

Nous étions les 40 ans de K.U. dans un refuge. Soudain on entend "Joie". Caché derrière une porte, Serge Tuaz surgit avec son accordéon et nous tend une bouteille de Genépi. Divines surprises...

L'accordéon fait partie des traditions de la famille Tuaz ou ils sont sept cousins à en jouer. Serge est née en 1964 à Saint-Servais, sous le Mont Blanc. Escalade, alpinisme, ski avec son Père : la montagne, il l'aime sous tous ses aspects et n'a qu'une idée, travailler dans et pour ses montagnes. A 20 ans, il décroche une maîtrise de géographie alpine, et plus tard un DESS en Aménagement de la montagne qui lui permet aujourd'hui de travailler pour l'Espace Mont Blanc.

Et le parapente dons tout ça ?

Un jour où je redescendais du Mont Blanc avec mon Père, j'aperçois un parachute bleu qui nous survole. C’était Roger Fillon : il avait décolle du sommet du Mont Blanc et je le connaissais parce qu'il était facteur au Prarion, derrière chez moi. Il m'a explique qu'on pouvait apprendre a voler au club des Choucas à Mieussy. J'y suis allé et j'ai appris les rudiments avec les pionniers : Jean Claude Betemps, Gérard Bosson, Hugues Baud Grasset, Jean François Baudet. Puis, très vite je me suis débrouillé tout seul.

Le parapente n'existait pas encore ?

Le mot parapente n'avait pas encore été invente. On volait sous des parachutes d'avion et on dépendait de la Fédération Française de Parachutisme qui appelait ça le " parachute de pente -. Aux Choucas, on disait " vol de pente

Comment se sont passes tes débuts ?

J'avais 20 ans, j'avais la pêche, je volais de l'Aiguille du Midi, du Tacul, du Mont Joly, de la Pointe Percée, des Grandes Jorasses. J'ai fait découvrir le parapente à Christophe Profit et Jean Marc Boivin. Je skiais des couloirs raides avec Boivin, je grimpais régulièrement avec Profit, je croisais Alain Estève, Jean Noël Roche, Pierre Gevaux, Eric Escoffier, René Demaison, tous des super alpinistes qui faisaient les débuts du paralpinisme et qui étaient mes idoles

Tu fais donc partie des pionniers du parapente ?

Je m'y suis mis au bon moment. J'ai d'abord contribue à la mise au point d'un des tout premiers vrais parapentes : Aile de K Randonneuse, avec Laurent de Kalbermaten. J’ai fait les premiers essais de l'ITV Astérion 927 avec Paul Amiel et du biplace de Roger Bedouet en inventant au passage les premiers écarteurs rigides. En 1987, avec Michel Werli, Xavier Remond, Gilles Revil et d'autres, on a mis en place une formation au biplace et le brevet d'état pour la FFVL qui venait d'intégrer le parapente. Pour ma part, j'étais déjà moniteur fédéral à la FFP depuis 1985. Je n'ai passe le Brevet d'Etat qu'en... 2004 !

Tu es également à l'origine du Vol 4807 ?

Nous avons organise le tout premier en juin 1986. Les participants s'appelaient Jean-Marc Boivin, Christophe Profit, Eric Escoffier, Xavier Remond, René Demaison, Martial Moioli, Elie Hanoteau, Bruno Gouvy, Roger Fillon, Jean Noël et Zebulon Roche, Hubert Aupetit, etc. ! Boivin a gagne. Avec, à l'époque, seulement 2,5 de finesse, la difficulté était de franchir le Prarion !

La voile qui ta le plus marque ?

Symboliquement, la Randonneuse, parce que c'était le premier vrai parapente. Et le Bi Bedouet pour la longueur d'avance qu'il avait en terme de performance. Depuis j'ai essaye de très nombreuses ailes diffrérentes. Honnêtement, je n'en ai jamais vu une seule qui soit mauvaise ! Mais j'ai toujours eu une pratique plutôt raisonnable. J'ai quand même fait la première" du Mont Mac-Kinley avec une voile Adrénaline BLS qui portait bien son nom !

Ta pratique aujourd'hui ?

Ma préférence va au biplace et au vol montagne, parce que j'aime partager [effort de la marche avec des copains équipes Léger comme moi, puis décoller d'un haut sommet et voter tous ensemble. Le cross, j'ai essaye et ça me plait, mais ça prend plus de temps et je ne crois pas que je sois très doué pour cela. Coté matériel, j'ai un bi Bêta 3 et une Sigma 4 pour les vols solo.

Plus de 5000 vols :

Jamais d'incidents ?

J'ai toujours su rester prudent et conscient de mes limites. Je prends le temps d'analyser les conditions et je ne me suis jamais mis dans des aérologies foireuses. Si je sens que ce n'est pas bon, je ne décolle pas. Je suis très attentif et méticuleux au collage et à L'atterrissage. Je ne crois pas que le parapente soit dangereux s'il est pratique avec prudence et bon sens. Vaut mieux un vol de moins qu'un vol de trop, dit la maxime...

Tes plus beaux vols ?

En 86, j'ai vole des Tours de Paine en Patagonie, avec une Surfair, puis de ['Aconcagua ou nous avons fait un film : "Dans la main du Diable". Je suis balle trois fois au sommet du Mac-Kinley en Alaska : j'ai réussi a décoller du sommet en 1989 avec Bertrand Doligez par une température glaciale de -50°. J'y suis retourne en 90 pour tenter le vol en face Nord, de plus de 6000 mètres de déniveler ! Mais je n'ai pas ose traverser les 2000 m de nuages que Zebulon Roche et Claire ont finalement fait... en biplace et a la boussole ! Aussi vole du Cho Oyu, au Tibet, en dessous du sommet. Et 9 fois du sommet du Mont Blanc. On ne peut pas se Lasser d'un tel vol : c'est cheque fois un si grand moment.

Mais "le" plus beau ?

Celui qui m'a le plus marque... J’étais monte à Durier (le col entre les Dames de Miage et la Bionnassay) pour aider mon oncle Emilien à finir la couverture du nouveau refuge. J'avais emporte le biplace mais il y avait du vent fort et aucune visibilité et l'endroit ne se prête guère au décollage. A un moment j'aperçois une vague lueur a travers le brouillard : c'était l'eau du torrent de Miage qui coule au loin dans la vallée. Très vite, on a étalé le biplace et réussi à décoller malgré le vent et l'endroit scabreux. On est reste une demie heure en soaring, à la limite des barbules, devant le col de Miage, puis on a traverse les nuages dans de vagues trouées... Nous nous sommes poses a temps pour jouer de l'accordéon, comme je l'avais promis, à la foire agricole de St Gervais. J'ai en tête aussi, toute une série de vols inoubliables à Santiago au Chili, en 1986. J'avais trouvé une pente au-dessus des Favellas. Des gamins sont aussitôt accourus. Alors je les ai fait voter, un par un. Quelle joie de voir leur plaisir, mais la, je n'avais pas le droit à l'erreur : aucun d'entre eux n'aurait eu les moyens de se faire soigner en cas d'accident.

Revenons à ton histoire.

Je me débrouillais : quelques biplaces, un peu d’enseignement, ski man, des remplacements de prof d'histoire géo, quelques travaux... En 1991 on m'a propose de diriger    ['office du tourisme de Praz-sur-Arly. J'y suis reste 5 ans. Entre temps j'ai eu mon fils,  Nicolas, avec Dominique, qui est monitrice de ski et décolleteuse. Nous habitons une ferme sur les pistes de ski, avec une pente école devant. Je m'y pose régulièrement, je peux même y décoller et Nicolas, qui à 10 ans, y fait des gonflages en rentrant de l'école. Puis un poste s'est crée a L’ Espace Mont Blanc, c'était mon rêve de travailler pour ce projet de Parc National (International) du Mont Blanc. J'y suis toujours, ce n'est pas devenu un Parc National mais une sorte de laboratoire de ce qu'on appelle désormais le Développement Durable. Je m'occupe d'agriculture, de tourisme, de protection de la nature, de réduction de l'impact des transports, et tout ça avec La vallée d'Aoste en Italie, le Valais en Suisse, et en France une partie de la Savoie et de la Haute-Savoie. Le fait d'avoir survole le massif en parapente pendant des années, de l'avoir parcouru à pieds souvent, m'en a donne une connaissance qui m'est utile dans mon métier.

Les gens qui t’on marqué ? Denis Cortella me fascine car il sait tout faire avec un parapente : le fabriquer, le réparer, le faire évoluer et c'est un très grand pilote. C'est vraiment l'exemple du gars doué. Les frères Leonetti en Corse : j'ai travaillé dans leur école Altore à Saint-Florent, sous leur allure désinvolte ils sont très compétents, très forts dans le vent et très sérieux. Ils ne répètent pas les discours tout faits : Il leur arrive de voler sans casque, ni secours, ni protection dorsale, non par mépris des règles, mais parce qu'ils ont compris que la vraie sécurité est ailleurs: elle est "active", c'est la technique, le savoir-faire, l'analyse, le bon sens. J’ai bien aimé aussi les deux jeunes jumeaux américains qui ont étonne tout le monde à la finale des "Vol et Ski- de Courchevel : quel talent et quelle gentillesse ! Et les frères Montant, Val et Antoine. Tous ces gens représentent le parapente de demain

Texte de Pierre Pagani