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Avril 1990

Voiles VENTUS, pilotes Fred et Olivier Freulet

 

 

 

 

 

 

IL ETAIT UNE FOIS LE LE PARAPENTE

Le tout premier vol, c'était quand au juste ? En 1978, mais c'est une longue histoire... Et l'inventeur du parapente, il vole toujours ? Notre collaborateur est parti sur les traces de ces pionniers. Il en a profité pour se rapprocher des nuages. Émotions garanties !

 

8 heures. La nuit qui tombe, le vent qui s'intensifie et la fatigue qui s'accumule nous poussent à renoncer à un dernier vol. Les voiles repliées, nous redescendons à pied vers la vallée, la tête pleine de sensations dues à une dizaine de vols à mille mètres ! Un week-end dans les airs à planer au-dessus de Mieussy, cette vallée enfouie au coeur de la Haute Savoie où fut créé, il y a déjà douze ans, le parapente !

Michel Didriche, notre moniteur se souvient: « En 1978, je faisais partie du "Paraclub d’Annemasse". Une sacrée bande de copains ! Un dimanche de juin , Jean-Claude Bétemps, André Bohn et Gérard Bosson sont montés au Perthuiset, une pente située au-dessus de Mieussy. Ils ont réalisé un premier essai avec un parachute de saut. Et ça a marché ! »

André Bohn réalise même le premier "grand" vol en parapente. II atterrira dans la vallée quelque 1000 mètres plus bas ! « J'y suis monté le week-end suivant, raconte Michel, j'étais un peu anxieux. Je m'étais particulièrement bien préparé. Tout le monde y allait de son petit conseil. En réalité personne ne savait réellement comment faire. Je suis plutôt bien parti, mais en l'air je me suis rendu compte que je descendais beaucoup trop vite. Ma voile était adaptée au vol relatif, elle était donc beaucoup trop petite. » Michel en sera quitte pour un atterrissage dans les arbres. Deuxième essai, même résultat. « Gérard Bosson a alors empoigné ma voile, en déclarant que j'étais nul et que je ne comprenais rien. Il a décollé à son tour et a atterri lui aussi à peu près au même endroit, toujours dans les arbres ! » Son visage s'illumine: « Nous faisions cela dans de grands éclats de rire ! »

Peu à peu, nos amis améliorent le procédé, adaptent la voile et trouvent le mode d'emploi...

Sous leur impulsion, "Les Choucas", le premier club de parapente voit le jour en 1979. « On s'adressait surtout aux parachutistes confirmés. Nous leur apprenions seulement à décoller de cette sacrée pente! Après, ils pouvaient se débrouiller.» Bientôt, le club se développe et les stages attirent les curieux. En 1980, il se structure et voit voler les premiers non-parachutistes. « Deux personnes étaient nécessaires pour tenir la voile afin qu'elle se remplisse d'air. J'étais persuadé de la possibilité de décoller seul...» On se rapproche alors de la méthode utilisée aujourd'hui : la voile posée sur l'extrados et les élévateurs avant tenus dans la main.

En 1983, les voiles se transforment à leur tour. On utilise toujours les ailes du parachute mais on en modifie les calages pour pouvoir franchir la fameuse falaise du Pertuiset.

<Un ami suisse, Laurent Kalbernaten, est arrivé un jour avec une voile au profil légèrement modifié munie d'une toile de spy. Tout le monde en avait la trouille ! Nous avions l'impression qu'elle se déchirerait en plein vol.

Elle deviendra la première voile de parapente. Des voiles aujourd'hui commercialisées sous le nom de "Ailes de K", une des plus importantes sociétés de fabrication d'ailes de parapente avec ITV (société française créée par Paul Amiel, ancien parachutiste).

Jusqu'en 1984, Mieussy reste le seul site à proposer ce nouveau sport.

L'année ,1985 voit l'apparition du deuxième club de parapente "Annecy vol de pente", dirigé par Georges Ferret. Le parapente est lancé.

Aujourd'hui, deux fédérations en régissent l'activité, la Fédération Française de Parachutisme, présente dès, les débuts, et la Fédération Française de Vol Libre qui récupère l'activité . « Le parapente bénéficie ainsi du sérieux et de l'expérience de la FFP et de l'esprit créatif et imaginatif de la FFVL. » souligne Michel. Pour cet homme aguerri à l'enseignement, le principal souci reste la formation des moniteurs : « 80% des moniteurs n'ont pas la formation requise pour enseigner. Ils font de leur mieux avec les moyens qu'on leur a donné. Et ceux-ci sont insuffisants. Pour devenir moniteur de ski, il faut aller à l'Ensa (Ecole Nationale de Ski et d'Alpinisme). On doit créer la même chose en parapente. Il faut inculquer une méthode d'enseignement. Cela est urgent, d'autant que le matériel est de plus en plus performant. »

La qualité des voiles, gage de sécurité, est prise très au sérieux. Un système de labélisation, l'Acfpuls, a d'ailleurs été mis en place et accepté par tous les fabricants. Aujourd'hui, Michel a créé, toujours à Mieussy, son propre club "Finesse Max", à travers lequel il fait découvrir le parapente, sa passion. « C'est mon père qui m'a transmis sa passion des sports aériens. Avant guerre, il volait sur des "zingues" équipés d'une hélice en bois et d'ailes en toile ! A 16 ans, je me suis laissé tenter par le vol à voile, les stages n'étaient pas chers... Mon rêve était de devenir pilote de ligne. Le service militaire m'a permis de goûter au vol à moteur et surtout au parachutisme. » Aujourd'hui, c'est au tour de Michel de transmettre son expérience...

  Philippe MIQUEL Avril 1990