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PARAPENTE
MAG N° 71
Bien avant les premiers vols en Allemagne, en Suisse et en France, David Barish fabrique des ailes qui dépassent les 4 de finesse. En 1965, il décolle d'une piste de ski, et l'année suivante, il multiplie les démonstrations dans les stations américaines. Le parapente est né !
A la recherche dû premier parapentiste. Une longue histoire pour moi, un peu folle... à travers trois continents : Europe,
Australie et Amérique.
Février 1988, Annemasse
Lors de la préparation de ce qui allait devenir « La folle histoire du parapente » , je rencontre un parachutiste d'Annemasse.
André Bohn, un des trois pionniers du parapente en France. Le dimanche 27 juin 1978, il décolle depuis le Pertuiset à Mieussy, juste après Jean-Claude Bétemps qui s'est posé au bas de la pente. André Bohn continue jusqu'au terrain de foot, 1000 mètres plus bas. Quand je lui demande comment ils ont eu
l'idée de décoller du sol avec un parachute, il me confie avoir vu cette méthode dans le « Parachute Manual », un livre technique de Dan Poynter destiné aux professionnels du parachute. Le parapente n'a pas été inventé en Haute-Savoie, mais c'est là que l'activité s'est développée grâce à la passion et aux efforts déployés par Jean-Claude Bétemps, Gérard Bosson et les Choucas de Mieussy.
Janvier 1992, Melbourne, Australie
Après une compétition à Beaufort Victoria), je rends visite au directeur d'épreuve qui gère une petite fabrique de parachutes. Il a toute la collection des « Parachute Manual », année
après année ! Je me précipite dessus et les feuillette avec avidité. Dans l'édition 1972, se trouve la description du « slope soaring », une méthode conseillée pour tester les parachutes
réparation. Dans la cour de l'usine, entre les vieux murs de briques rouges, je pose le livre au sol et photographie la page qui m'intéresse. C'est la preuve que le décollage à pied existait dès 1970 ! Les photos noir et blanc montrent une aile aux formes étonnantes en train de décoller. C'est la Sailwing de David Barish, mais je ne l'apprendrai que huit ans plus tard. Je regretterai longtemps ce flagrant délit de manque de curiosité. Ma photo est publiée en petit en 1994, mais, comme moi, personne ne pousse plus loin l'investigation.
Janvier 1998, Musée de l'Air et de l'Espace, Le Bourget
En farfouillant dans la bibliothèque, je trouve un autre livre de Dan Poynter. Il s'appelle « Hangliding » et date de 1973. Surprise
deux pages sont consacrées au «Paragliding» mentionné comme étant très similaire au delta. Elles sont illustrées avec les mêmes photos
que dans "Parachute Manual". Et là, l'inventeur du parapente a un nom, David Barish, mentionné comme le promoteur de l'activité. Il a fait de nombreux vols dans les stations de ski des USA. Sous le titre « Le parapente naît aux Etats-Unis », je fais part de cette découverte dans le livre « Parapente » qui sort en avril 1998. Mais l'éditeur n'a pas voulu mettre ma pauvre photo, même pas en petit. Trop moche!
Je passe l'info à Jean-Paul Budillon qui trouve les contacts de Dan Poynter et David Barish. Grâce à lui paraissent les premières belles photos de la Sailwing. Quelques mois plus tard, Daniel Raibon-Pernoud, l'organisateur de la Coupe Icare, nous demande qui il faut inviter pour la prochaine édition. Jean-Paul et moi sommes unanimes: David Barish!
3 juin 2000, Manhattan, USA
51é rue à New-York. 12éme étage. Un monsieur souriant m'accueille à la porte de son appartement : « Xavier ? » .
C'est l'aboutissement de douze années sur les traces de celui qui est sans doute le premier parapentiste. Pendant trois jours, avec une gentillesse incroyable, David Barish va me raconter sa vie et ses multiples inventions. Parmi elles, le parapente. Dans la chambre d'amis, sous le lit, il y a la machine à coudre qui servit à David pour coudre ses ailes. Sur l'étagère, l'hélice en bois, raccourcie de quelques centimètres, du premier paramoteur ! Mais l'histoire n'est peut être pas finie. C'est David lui- même qui le dit
« Je ne serais pas étonné que l'on découvre un jour un Russe ou un japonais qui ait fait la même chose avant nous!»
Comme le dit Johanna, son épouse, « Il est comme un oiseau... avec des ailes artificielles ».
David Barish rencontre le vol en 1939 lorsque le gouvernement américain, en mal de pilotes, propose des formations. Il devient ainsi copilote chez TWA sur les lignes transocéaniques. Son frère aîné de trois ans est pilote de B 17, les forteresses volantes. Il est tué lors du débarquement en Normandie. David Barish entre ensuite dans l'US Air Force, où il suit un entraînement de pilote de chasse. Le jour où il réussit l'examen, le Japon capitule. La guerre est finie. Il est alors accepté à la prestigieuse université Cal Tech où il réussit un « master degree » en aérodynamique théorique. Il le met en application, toujours pour l'Air Force, dans le secteur « recherche et développement » à Dayton. En 1953, il quitte l'armée mais reste consultant pour l'Air Force et la Nasa. Il travaille aussi à la soufflerie de Princetown. C'est à ce moment qu'il fait ses premiers treuillés.
En 1955, il sort le Vortex Ring, un parachute révolutionnaire constitué de quatre ailes souples en rotation autour d'un axe. Elles ont le même effet que les pales d'un hélicoptère. Meilleur taux de chute, moins de choc à l'ouverture, deux fois plus léger, absence d'oscillation, le Vortex Ring est surnommé « the Perfect Parachute » . Il est fabriqué par Pioneer, premier fabricant mondial, et est encore utilisé aujourd'hui par l'armée américaine. Autre avantage qui serait bien utile pour lesparapentistes : à fatterro, le Vortex Ring se replie aussitôt, même par vent fort, ce qui évite de se faire traîner au sol ! Par contre, il ne plane pas. Sa finesse est nulle, ce qui permet de l'utiliser lors de tests de finesse pour contrôler la masse d'air.
C'est en voulant aller dans l'espace que les parachutes sont devenus des parapentes !
En 1964, David Barish se penche sur la conception d'un parachute pour le retour au sol des capsules Apollo. Pour éviter de fabriquer des parachutes de 30 mètres d'envergure destinés à des capsules de 5 tonnes, il fait des maquettes de différentes tailles. Il les teste, derrière sa voiture ou à la main, dans une masse d'air régulière sur le ferry de Staten Island.
La première Sailwing est une aile simple, surface rectangulaire et composée de trois lobes. L'avant de chaque panneau est roulé et cousu sur (intrados à la jonction des panneaux. Cela forme une double surface sur 30 cm. En se gonflant, elle rigidifie le bord d'attaque.
Dave Barish explique : « La Nasa n'aurait pas acheté une double surface. Ils voulaient aussi un meilleur plané. C'est pour cela que je suis passé en 1966 à la version à S lobes. Ensuite, la partie en double surface s'est étendue sur 1/3 de la corde. C'est Domina _7albert qui est l'inventeur du parachute entièrement double surface. Les énormes stabilisateurs, je pensais que j'en avais besoin. La toile de api était une évidence, si on veut une aile, il faut le moins possible de porosité. La longueur des suspentes vient de l'expérience des cerf-volistes qui savaient déjà tout à ce sujet. »
Le premier vol, en compagnie de son fils et de Jacques Istel, a lieu en septembre 1965 à Belayre. C'est une station de ski à 2 h de route de New-York, non loin de Woodstock où Hendrix n'a pas encore joué « Purple Haze » ni « Little Wing ».
Ensuite, David se rend souvent sur les pistes du Mont Hunter, dans la même région. Le nouveau sport est baptisée « Slope Soaring » que l'on peut traduire par « vol de pente » .
Passionné de ski, David Berish a une idée folle : un nouveau
sport d'été qui consisterait à descendre en rasant les pentes herbeuses des pistes
Pendant l'été 1966, à l'initiative d'un copain éditeur de la revue « Ski Magazine », il fait, avec son fils, le tour des stations américaines, du Vermont à la Californie. Le but est de montrer que le dope soaring peut devenir une activité à succès en été dans les stations de ski.
« C'était sans doute trop tôt ! précise Dave Barish. A ce moment, le slope
soaring, c'était pour s'amuser. On ne savait pas si on pouvait voler en thermique ou dans le dynamique. On faisait des descentes de piste en rasant le sol, rarement à plus de trente mètres.
Je me suis quand même mis plusieurs fois dans les arbres !
A partir de 1966 et pendant deux ans, dans le contrat avec la Nasa, j'étais en concurrence avec Rogallo. Il est venu un jour à la soufflerie pendant mes tests. Il n'a rien dit mais semblait très intéressé. En fait, nous avons tous les deux construit ce qui sera appelé plus tard un parapente. L'Air Force a organisé une journée de démonstration des différents projets en Californie. C'est là que la finesse de 4.2 de mon aile a été mesurée. Une semaine plus tard, le commandement décidait d'abandonner tous les projets utilisant des parachutes. Ils changent d'avis parfois! >
Aujourd'hui, trente ans plus tard, la Nasa est revenue à l'utilisation des parachutes. Le
dernier en date, le X34 ou « Space Life Boat »,
conçu pour récupérer les équipages des navettes spatiales, fait 30 mètres d'envergure. La même taille que celui de Dave Barish en 1966!
« Quand ce contrat s'est terminé, après tant d'efforts,
l'ai tout arrêté, commente Dave Barish. En termes de parachute, je n'ai jamais
pensé avoir quelque chose de réellement supérieur à ce que faisait Jalbert ou
Snyder. Il y avait déjà 30 ou 40 compagnies et autant de procès ! Toute ma
carrière professionnelle est dans l'aérodynamique des vitesses subsoniques et
supersoniques. Dans la science du vol à basse vitesse, il n y a pas eu grande
chose de nouveau depuis cent ans. La plupart des choses dont on a besoin
aujourd'hui étaient écrites dans les livres de Ludwig Prandtl, de l'école
allemande d'aérodynamique.
Le " slope soaring " était un hobby. Pour le développer, il aurait fallu que je
m'y consacre à plein temps. J’avais d'autres inventions que j'aurais du
abandonner.
Les caissons fermés, le profil, les trims, la toile de spi, les clapets, les
suspentes de 8 m, les grands allongements, la technique du déco, les atterros
dans les arbres, le para moteur... tout était déjà là dès les années soixante !
Mais l'activité n'explosera que 20 ans plus tard. Dans les années 80, David
Barish fabrique encore une aile avec des caissons semi fermés puis une aile
delta pour son fils. Au début des années 90, à Ellensville, le site le plus
proche de New York, il découvre 30 ailes en action : « I get interested again !
».
Lors d'un voyage en Europe, il constate à Gstaadt l'ampleur de la nouvelle
activité.
« J'ai été impressionné par le nombre de compagnies qui vendaient des
équipements. Techniquement, j'ai remarqué les Airwave avec leurs cloisons
diagonales. »
L'année suivante, il passe à Saint-Hilaire où le nombre d'ailes alignées sur la
moquette finit de le convaincre de l'essor du dope soaring, rebaptisé <
paragliding > . En France aussi, le vol de pente, cher à Gérard Bosson, s'est
vite transformé en « parapente ».
A plus de 70 ans, David Barish se remet à la table à dessin et à la machine à
coudre: «Je fais ça pour satisfaire ma curiosité intellectuelle».
Depuis deux ans, il a même recommencé à voler !plus de pilotes d'essai, on
pense à un trait d'humour, mais David Barish a réellement perdu un de ses
meilleurs amis qui a percuté une montagne en avion par temps de brouillard.
Sur une vidéo filmée par Johanna pendant l'été 1999, |