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Bunloc,
ses pistes de ski; Brasov, en bas dans la plaine
Tant que Jean Pierre
Boninségni emmènera des parapentistes en Roumanie, ceux-ci n’auront cesse de
crier l’immense délire qu’ils auront vécu durant leur séjour.
Ainsi
donc, ce voyage organisé du
21 juin au 5 juillet
1992, débute
par un regroupement de la
troupe
à Albertville. La dite
troupe est
composée de 9 membres (8
parapentistes-deltistes
+ le distingué
organisateur, qui n'est
autre que
notre président de la ligue
Rhône-Alpes
de Vol Libre). Vers 11 h,
après les
présentations d'usage et
le transfert du
matériel, départ des deux
minibus loués pour
l'occasion. Direction
tunnel de Fréjus. Tarvisio, frontière autrichienne.
Vers minuit, arrêt dans un Mac
Donald, puis mini dodo; certains dans les
bus, d'autres, à la belle
étoile. A 7 heures,
petit dej et départ pour Rebafuze, frontière
hongroise. Au lac Balaton, c'est deux
petits
tours et puis s'en vont (pour ceux qui
n'ont pas bien vu la première fois). Il faut dire qu’à cet endroit, tout
s’appelle Balaton-quec-chose et que
c'est pas facile d'y
trouver la bonne route. Petites inquiétudes
à Baja lors d'une déviation. Nous perdons
un minibus de vue et on ne sait plus s’il
est devant ou derrière. Essais radios
négatifs. On reste sur place et on
passe notre
"angoisse" devant quelques grandes bières.
Pas désagréable. JP revient nous chercher et nous reprenons la route
ensemble.
Contrôle de police. Deux paquets de "clopes"
nous aident à passer rapidement, sans
cela ils peuvent durer un "certain temps".
Szeged, Nadlac, frontière roumaine (passée
comme une fleur en une petite demi-heure),
puis en fin de soirée, Arad, les
jours suivants Mercuréa-Ciuc et Brasov.
Brasov
C'est ici que nous faisons
connaissance
avec Valérie, superviseur
dans les
aérodromes, des
activités parachutistes. Elle
nous proposera pour septembre, un stage de
parachutisme en échange d'un stage de
parapente, le tout se faisant ici a Brasov.
Nous serions invites, c'est-à-dire
logement,
repas et argent de poche. Les pays
de l'Est ont des pratiques qui n'ont
pas cours chez nous. Mais
celui-ci n'aura malheureusement pas pu être
réalisé. Les activités aériennes
envisagées n'ont pas été
pratiquées non plus, faute de ne pas s'y
être
pris à temps pour les autorisations. Puis
trois jours de vol à Poiana-Brasov
(complexe touristique et pistes
de ski, 750 m de dénivèle), à Bunloc (piste,
500 m de dénivèle), on nous avons eu du mal a contenir
les dizaines de gamins qui se roulaient dans
le parapente, et au Moldoveniu (2 540
m, la plus haute pointe des
Carpates).
Le Moldoveniu
JP voulait que nous volions depuis ce beau
sommet. La route serpente entre deux crêtes.
Nous arrivons dans un cirque, au bord
d'un petit lac de montagne, au pied des falaises.
En haut, le Moldoveniu nous défie.
Avec un vent défavorable à la pointe,
la
plupart des participants présents décident
de suivre notre guide-protecteur
Sorin
pour une petite balade de 10/20 km
jusqu'au barrage, de l'autre cote de la
montagne, a travers un tunnel. En fin de
compte, ils font 100 km. Marco et moi,
optons pour une petite marche au
sommet. Luc et Daniel
(moniteurs roumains de parapente) nous
accompagnent. Et pourquoi ne
prendrions-nous pas le biplace ? Marco
qui n'a jamais fait de parapente en meurt
d'envie. Quelle n'est pas notre joie
de
voir, à notre arrivée au sommet, que le
vent contraire a quasiment disparu,
laissant arriver de doux
thermiques vers nous,
et les deux forment une belle confluence
sur la crête qui mène à la plaine. Apres un
bon départ, de belles ascendances et quelques
secousses dans les confluences, nous
volons dans un paysage somptueux. Nous
voila partis pour 1 800 m de dénivèle. Devant
nous, on voit le point de non-retour,
la route, et ensuite quelques mamelons,
puis la plaine. Entre-deux, pas grand
chose pour poser, si ce n'est qu'une coupe
de bois et une zone de verdure, le
long
d'une rivière. Apres avoir jauge la situation,
nous décidons d'y aller. Nous avons
assez de finesse et de marge de sécurité.
Nous laissons derrière nous le
dernier lacet de route, point
de non-retour, avec quand même un
petit pincement au cœur.
A ce moment, entre Marco-le-deltiste et
moi, commence une discussion tactique
concernant le choix du cheminement à
prendre. Le résultat est dans
l'ensemble assez bon, et nous
atterrissons dans une clairière, à 2
km de la lisière de la forêt, à
proximité d'une cabane forestière, à 6 km
de la première route goudronnée. Merci la
radio, pour la récup. Nous passons
deux heures avec les
forestiers. Ils sont ébahis et nous pressent
de questions. Pour la première fois, ils viennent de voir un parapente.
Ils nous font partager leur modeste
repas et
veulent nous héberger, car la nuit tombe.
C'est un des moments forts. Une première.
C'est fort également pour JP, qui vient d'arriver,
juste trop tard, pour nous voir en vol.
Il est un peu déçu, car il aurait aime aussi
participer a cette première. Daniel,
qui n'a
pas encore beaucoup d'expérience, n'a pas
ose nous suivre et s'est fait 30 mn en dynamique.
Les thermiques, faiblissant, laissent
place à un vent arrière. Luc, déçu, redescend
à pied. Le retour à Bravov est, comme
souvent, mémorable, avec feu de bois,
grillades et vin en abondance,
comme d'habitude.
Le lendemain, à Busteni, site de 1 300
m temps nuageux et venteux. Déception
pour tout le monde. C'est surtout un
vent
trop fort qui nous empêche d'effectuer un
vol à coté de superbes, longues et
très hautes
falaises, et pourquoi pas peut-être un
cross.
Petrosani.
Le Paring
En route pour le Parning, station de ski de
Petrosani, on nous restons trois jours. Dénivèle
de 400 m depuis la piste. 1 000 m avec
une petite marche d'une heure. Séjour dans
un refuge sur les pistes de ski. Nous
y ferons de nombreux vols et
beaucoup de baptêmes
en biplace. C'est ici que Marco et
Lionel font leurs premiers vols en
parapente.
Pas de problèmes, pour des deltistes.
Marco apprécie beaucoup le cote "poids et
pratique" du parapente. Lionel n'abandonne
pas pour autant le plaisir de faire ses baptêmes
biplace en delta; d'ailleurs, il décidera,
à la fin, de laisser son monoplace, pour se
consacrer seulement au biplace. Pour le premier
repas, en guise d'apéritif, trois bouteilles
de whisky nous attendent, signe rassurant
que nous n’allons pas mourir, ni de
soif, ni de froid. Si vous y ajoutez de la
"suica" (alcool de prune du pays), de
la bonne cuisine, de joyeux
lurons et des chansons
à boire dans les deux langues, vous
avez une petite idée des chaudes soirées. Et
glou, et glou et glou, vous connaissez
la suite. Lionel et Bernard,
déchainés, infatigables
(sauf avec la "suica") sont les principaux
animateurs de notre périple. Françoise,
en pleine forme, seule femme du
groupe, n'hésite pas non plus à entonner les
chansons paillardes (je vous passe les paroles).
A nous, l'ambiance. Mémorable aussi,
à 2 h du matin, la visite d'un dortoir ou séjournent
100 jeunes filles, et on Lionel et
Bernard se voient renverser un seau d'eau
sur la tête par la surveillante. Pas
sérieux
tout ca. Evidemment, ils chantaient à tue
tête, et ca les dérangeait un
peu. Si en plus,
vous mettez de bonnes conditions météo,
des paysages superbes et une équipe de deltistes
locaux très sympathique emmenée par
Romeo, leur président, vous pouvez imaginer
ce qu'ont été ces trois jours. Jean-Louis,
notre "bouffeur" de thermiques, lui qui était
venu faire de grands cross, n'a pas pu satisfaire son appétit. Les
thermiques n'étant pas au rendez-vous. Merci
au comite d'entreprise des mineurs de Petrosani, qui a subventionné
notre séjour au Paring, et à Liviu qui a su nous recevoir. Merci aux
mécanos du
télésiège, qui ont fait marcher les installations
pour nous.
Arad
Toute bonne chose ayant une fin, nous reprenons
la route pour Arad. Un problème
de filtre à gas-oil met une ombre au tableau.
Pièce presque impossible à trouver dans les
garages, on trouve des mécanos et des
outils, mais rarement des pièces
(sauf pour
les deux types de voitures les plus
utilisées, les Renault R12 et
les Citroën Visa). Heureusement, Coji
notre mécanicien-sauveur trouve un
filtre chez un ami à Timisoara. La
galerie du minibus a été complètement dessoudée,
à cause des deltas. Pendant la nuit,
alors que nous faisons de beaux rêves, les
mécanos sont à l'œuvre. Au matin, notre
minibus nous attend, filtre OK, galerie ressoudée et repeinte. Derniers
adieux, l'émotion est au maximum, nous
promettons de tout faire pour les
revoir, et à regrets, nous
reprenons la route pour la France. Un peu
de soucis, pour la sortie du pays, à
la douane. Nous avons le choix
entre 10 à15 h de queue ou 2 h de
queue avec un bacshish aux militaires.
Contre nos idées, nous cédons, et
lâchons quelques dollars, car en France,
c'est la grève des routiers qui nous
attend,
et nous sommes inquiets. Finalement, tous
se passe très bien jusqu'a Albertville. Les
routiers sont trop occupés à bloquer Grenoble.
La grande boucle est bouclée. Dernières
prises de vue de Christian, notre cameraman
de service. Séparation des participants.
Dernières congratulations à JP. Il reste nos
souvenirs, et nous attendons avec impatience
les images papiers et vidéo de ce périple.
Conclusion
Quelques conditions minimum sont à réunir
pour passer un excellent séjour en Roumanie.
Tout d'abord celle de préparer son
voyage a l'avance, d’avoir des
adresses et un véhicule en
excellent état (dans l'ensemble,
les routes nationales sont assez bonnes).
Mais allez-y surtout pour découvrir un
autre peuple, son hospitalité et sa
gentillesse. A propos de la
langue, sachez que les
universitaires parlent très bien le
français, mais que le milieu
ouvrier le parle très peu. Sachez
enfin que les Roumains sont très
bricoleurs (leurs deltas-maisons sont fabriqués
sur la base de plans, et pèsent jusqu'a
47 kg), mais ils ne peuvent pas construire de
parapente (la matière première est
trop
chère). Alors, si vous voulez leur faire plaisir,
faites-leur parvenir tout le matériel que
vous n'utilisez plus. Nous sommes conscients
que nous n'avons vu que le cote pile
du pays, mais que sur le cote face, il
existe
de réelles difficultés de vivre, sans
oublier
la misère. Apporter du matériel de loisir,
c'est mettre un peu de baume sur les plaies,
et leur faire oublier les moments difficiles
qu'ils ont passés, et qu'ils passent encore.
Le prochain départ est
programme en été
1993, 2 ou 3 semaines, cout
3000 F environ.
Renseignements : Guy Kints, Aubonne 74140
Douvaine, tel. 50 35 42 87.
PPMN° 47 de décembre 1993
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