Ventus au pays de Dracula

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Dauphiné Libéré
Vol Libre N°160
VSD 1984
Le vent des records
Turbulences
1/ Vol Libre 10/89
2/Vol Libre 10/89
PPM Décembre 1989
Survie Magazine
Les concepteur P Mag N°8
P MAG aout 1990
Bedouet en Car de Finale
Ventus au pays de Dracula
Autre invention
Trekking
A deux c'est mieux
Société Ventus S.A.

Bunloc, ses pistes de ski; Brasov, en bas dans la plaine

Tant que Jean Pierre Boninségni emmènera des parapentistes en Roumanie, ceux-ci n’auront cesse de crier l’immense délire qu’ils auront vécu durant leur séjour.

 Ainsi donc, ce voyage organisé du 21 juin au 5 juillet 1992, débute par un regroupement de la troupe à Albertville. La dite troupe est composée de 9 membres (8 parapentistes-deltistes + le distingué organisateur, qui n'est autre que notre président de la ligue Rhône-Alpes de Vol Libre). Vers 11 h, après les présentations d'usage et le transfert du matériel, départ des deux minibus loués pour l'occasion. Direction tunnel de Fréjus. Tarvisio, frontière autrichienne. Vers minuit, arrêt dans un Mac Donald, puis mini dodo; certains dans les bus, d'autres, à la belle étoile. A 7 heures, petit dej et départ pour Rebafuze, frontière hongroise. Au lac Balaton, c'est deux petits tours et puis s'en vont (pour ceux qui n'ont pas bien vu la première fois). Il faut dire qu’à cet endroit, tout s’appelle Bala­ton-quec-chose et que c'est pas facile d'y trouver la bonne route. Petites inquiétudes à Baja lors d'une déviation. Nous perdons un minibus de vue et on ne sait plus s’il est devant ou derrière. Essais radios négatifs. On reste sur place et on passe notre "angoisse" devant quelques grandes bières. Pas désagréable. JP revient nous chercher et nous reprenons la route ensemble. Contrôle de police. Deux paquets de "clo­pes" nous aident à passer rapidement, sans cela ils peuvent durer un "certain temps". Szeged, Nadlac, frontière roumaine (passée comme une fleur en une petite demi-heure), puis en fin de soirée, Arad, les jours suivants Mercuréa-Ciuc et Brasov.

Brasov

C'est ici que nous faisons connaissance avec Valérie, superviseur dans les aérodromes, des activités parachutistes. Elle nous proposera pour septembre, un stage de parachutisme en échange d'un stage de parapente, le tout se faisant ici a Brasov. Nous serions invites, c'est-à-dire logement, repas et argent de poche. Les pays de l'Est ont des pratiques qui n'ont pas cours chez nous. Mais celui-ci n'aura malheureusement pas pu être réalisé. Les activités aériennes envisagées n'ont pas été pratiquées non plus, faute de ne pas s'y être pris à temps pour les autorisations. Puis trois jours de vol à Poiana-Brasov (complexe touristique et pistes de ski, 750 m de dénivèle), à Bunloc (piste, 500 m de dénivèle), on nous avons eu du mal a contenir les dizaines de gamins qui se roulaient dans le parapente, et au Moldoveniu (2 540 m, la plus haute pointe des Carpates).

Le Moldoveniu

JP voulait que nous volions depuis ce beau sommet. La route serpente entre deux crêtes. Nous arrivons dans un cirque, au bord d'un petit lac de montagne, au pied des falaises. En haut, le Moldoveniu nous défie. Avec un vent défavorable à la pointe, la plupart des participants présents décident de suivre notre guide-protecteur Sorin pour une petite balade de 10/20 km jusqu'au barrage, de l'autre cote de la montagne, a travers un tunnel. En fin de compte, ils font 100 km. Marco et moi, optons pour une petite marche au sommet. Luc et Daniel (moniteurs roumains de parapente) nous accompagnent. Et pourquoi ne prendrions-nous pas le biplace ? Marco qui n'a jamais fait de parapente en meurt d'envie. Quelle n'est pas notre joie de voir, à notre arrivée au sommet, que le vent contraire a quasiment disparu, laissant arriver de doux thermiques vers nous, et les deux forment une belle confluence sur la crête qui mène à la plaine. Apres un bon départ, de belles ascendances et quelques secousses dans les confluences, nous volons dans un paysage somptueux. Nous voila partis pour 1 800 m de dénivèle. Devant nous, on voit le point de non-retour, la route, et ensuite quelques mamelons, puis la plaine. Entre-deux, pas grand chose pour poser, si ce n'est qu'une coupe de bois et une zone de verdure, le long d'une rivière. Apres avoir jauge la situation, nous décidons d'y aller. Nous avons assez de finesse et de marge de sécurité. Nous laissons derrière nous le dernier lacet de route, point de non-retour, avec quand même un petit pincement au cœur. A ce moment, entre Marco-le-deltiste et moi, commence une discussion tactique concernant le choix du cheminement à prendre. Le résultat est dans l'ensemble assez bon, et nous atterrissons dans une clairière, à 2 km de la lisière de la forêt, à proximité d'une cabane forestière, à 6 km de la première route goudronnée. Merci la radio, pour la récup. Nous passons deux heures avec les forestiers. Ils sont ébahis et nous pressent de questions. Pour la première fois, ils viennent de voir un parapente. Ils nous font partager leur modeste repas et veulent nous héberger, car la nuit tombe. C'est un des moments forts. Une première. C'est fort également pour JP, qui vient d'arriver, juste trop tard, pour nous voir en vol. Il est un peu déçu, car il aurait aime aussi participer a cette première. Daniel, qui n'a pas encore beaucoup d'expérience, n'a pas ose nous suivre et s'est fait 30 mn en dynamique. Les thermiques, faiblissant, laissent place à un vent arrière. Luc, déçu, redescend à pied. Le retour à Bravov est, comme souvent, mémorable, avec feu de bois, grillades et vin en abondance, comme d'habitude. Le lendemain, à Busteni, site de 1 300 m temps nuageux et venteux. Déception pour tout le monde. C'est surtout un vent trop fort qui nous empêche d'effectuer un vol à coté de superbes, longues et très hautes falaises, et pourquoi pas peut-être un cross.

Petrosani. Le Paring

En route pour le Parning, station de ski de Petrosani, on nous restons trois jours. Dénivèle de 400 m depuis la piste. 1 000 m avec une petite marche d'une heure. Séjour dans un refuge sur les pistes de ski. Nous y ferons de nombreux vols et beaucoup de baptêmes en biplace. C'est ici que Marco et Lionel font leurs premiers vols en parapente. Pas de problèmes, pour des deltistes. Marco apprécie beaucoup le cote "poids et pratique" du parapente. Lionel n'abandonne pas pour autant le plaisir de faire ses baptêmes biplace en delta; d'ailleurs, il décidera, à la fin, de laisser son monoplace, pour se consacrer seulement au biplace. Pour le premier repas, en guise d'apéritif, trois bouteilles de whisky nous attendent, signe rassurant que nous n’allons pas mourir, ni de soif, ni de froid. Si vous y ajoutez de la "suica" (alcool de prune du pays), de la bonne cuisine, de joyeux lurons et des chansons à boire dans les deux langues, vous avez une petite idée des chaudes soirées. Et glou, et glou et glou, vous connaissez la suite. Lionel et Bernard, déchainés, infatigables (sauf avec la "suica") sont les principaux animateurs de notre périple. Françoise, en pleine forme, seule femme du groupe, n'hésite pas non plus à entonner les chansons paillardes (je vous passe les paroles). A nous, l'ambiance. Mémorable aussi, à 2 h du matin, la visite d'un dortoir ou séjournent 100 jeunes filles, et on Lionel et Bernard se voient renverser un seau d'eau sur la tête par la surveillante. Pas sérieux tout ca. Evidemment, ils chantaient à tue ­tête, et ca les dérangeait un peu. Si en plus, vous mettez de bonnes conditions météo, des paysages superbes et une équipe de deltistes locaux très sympathique emmenée par Romeo, leur président, vous pouvez imaginer ce qu'ont été ces trois jours. Jean-Louis, notre "bouffeur" de thermiques, lui qui était venu faire de grands cross, n'a pas pu satisfaire son appétit. Les thermiques n'étant pas au rendez-vous. Merci au comite d'entreprise des mineurs de Petrosani, qui a subventionné notre séjour au Paring, et à Liviu qui a su nous recevoir. Merci aux mécanos du télésiège, qui ont fait marcher les installations pour nous.

Arad

Toute bonne chose ayant une fin, nous reprenons la route pour Arad. Un problème de filtre à gas-oil met une ombre au tableau. Pièce presque impossible à trouver dans les garages, on trouve des mécanos et des outils, mais rarement des pièces (sauf pour les deux types de voitures les plus utilisées, les Renault R12 et les Citroën Visa). Heureusement, Coji notre mécanicien-sauveur trouve un filtre chez un ami à Timisoara. La galerie du minibus a été complètement dessoudée, à cause des deltas. Pendant la nuit, alors que nous faisons de beaux rêves, les mécanos sont à l'œuvre. Au matin, notre minibus nous attend, filtre OK, galerie ressoudée et repeinte. Derniers adieux, l'émotion est au maximum, nous promettons de tout faire pour les revoir, et à regrets, nous reprenons la route pour la France. Un peu de soucis, pour la sortie du pays, à la douane. Nous avons le choix entre 10 à15 h de queue ou 2 h de queue avec un bacshish aux militaires. Contre nos idées, nous cédons, et lâchons quelques dollars, car en France, c'est la grève des routiers qui nous attend, et nous sommes inquiets. Finalement, tous se passe très bien jusqu'a Albertville. Les routiers sont trop occupés à bloquer Grenoble. La grande boucle est bouclée. Dernières prises de vue de Christian, notre cameraman de service. Séparation des participants. Dernières congratulations à JP. Il reste nos souvenirs, et nous attendons avec impatience les images papiers et vidéo de ce périple.

Conclusion

Quelques conditions minimum sont à réunir pour passer un excellent séjour en Roumanie. Tout d'abord celle de préparer son voyage a l'avance, d’avoir des adresses et un véhicule en excellent état (dans l'ensemble, les routes nationales sont assez bonnes). Mais allez-y surtout pour découvrir un autre peuple, son hospitalité et sa gentillesse. A propos de la langue, sachez que les universitaires parlent très bien le français, mais que le milieu ouvrier le parle très peu. Sachez enfin que les Roumains sont très bricoleurs (leurs deltas-maisons sont fabriqués sur la base de plans, et pèsent jusqu'a 47 kg), mais ils ne peuvent pas construire de parapente (la matière première est trop chère). Alors, si vous voulez leur faire plaisir, faites-leur parvenir tout le matériel que vous n'utilisez plus. Nous sommes conscients que nous n'avons vu que le cote pile du pays, mais que sur le cote face, il existe de réelles difficultés de vivre, sans oublier la misère. Apporter du matériel de loisir, c'est mettre un peu de baume sur les plaies, et leur faire oublier les moments difficiles qu'ils ont passés, et qu'ils passent encore.

Le prochain départ est programme en été 1993, 2 ou 3 semaines, cout 3000 F environ. Renseignements : Guy Kints, Aubonne 74140 Douvaine, tel. 50 35 42 87.

PPMN° 47 de décembre 1993