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PARAPENTE NOSTALGIE Quand on évoquait les avantages du "parapente",
on parlait surtout de son coût. Ainsi, une journée de stage revenait à
environ 40 F, (soit l'essence des transports, ce qui vous mettait le vol entre 5
et 10 F). Il est vrai que le club des Choucas ne fonctionnait que deux semaines
par an. Tous les stagiaires disposaient du BF6 (niveau expérimenté en
parachutisme). La presse commence à en parler. Toutes sortes de qualificatifs viennent s'appliquer à l'activité "variante économique, écologique et sportive du
parachutisme - fin d'angoisse quant à l'ouverture du parachute - sensations
nouvelles - On peut jouer et même remonter au gré des vents - Une initiation
est indispensable même pour un para confirmé". Les premiers élèves non
parachutistes arriveront en 1983. Jusqu'alors, exceptés les sites habituels de
Mieussy, des premières ont été réalisées au Pic de Marcelly (G. Bosson), au
Pic de Ger (M. Sarthe), au Plan de l'Aiguille à Chamonix (M. Didriche)... 1980: le premier contrat d'assurance parapente a été
obtenu par la FFP le 8 mai 1980. A l'époque, c'était l'UAP par l'intermédiaire
du Cabinet Bartoldi qui était l'assureur des parachutistes. Les garanties étaient
étendues aux licenciés de la FFP pratiquant la technique du vol de pente. Le
premier stage de parapente a eu lieu du 19 au 26 mai 1980. Mais lisez plutôt
comment la presse sportive en parlait : « Le "parapente" ou vol de
pente en parachute, consiste à décoller en parachute-aile à partir d'une
montagne ». Un stage, organisé avec la collaboration de la municipalité de
Mieussy, réunissait une quinzaine de participants venus de Paris, Lyon, Pau et
Marseille. Michel Sarthe déclarait à la suite de ce stage : « Nous avons là,
une possibilité d'entraînement très économique, sans pilote, sans avion,
sans essence et sans bruit. Le parapente marie très agréablement deux sports
différents, la randonnée en montagne et le parachutisme, jusqu'ici réservé
à la plaine. » J.Guimet, auteur d'un article paru dans "le
Messager" écrivait: « Le vol de pente a donc un bel avenir devant lui »...
Nous étions en 1980.
Le 29 août suivant, on pouvait lire dans "La Dépêche
des Hautes Pyrénées" le récit du premier vol depuis le Pic de Ger. «
Harnais bouclé, sangles de suspentes en main, Albert Bruneau est déjà prêt,
écoutant attentivement les derniers conseils de Michel Sarthe, lui faisant récapituler
le détail de la marche à suivre. « Attend le vent, ça y est, arrache ! »
Michel Sarthe plonge à son tour dans le vide "pour lui ça pompe dur et
trouvant les courants ascendants, il remonte presque à notre niveau une
trentaine de secondes après son envol". Vous n'avez pas la berlue, en
1980, on parlait déjà d'ascendance. On parlait d'un sport "sans
danger" et "d'un sport pour tous". En cet été 1980, on comptait
60 pratiquants dans le monde. En 1981, les Choucas comptent 135 adhérents. La
première coupe de France de Para-pente (comme on l'écrivait en ce temps-là)
est remportée par Jean-Claude Bétemps à Mieussy.
Il s'agissait de précision
d'atterrissage. Année 1982-83 1982, le parapente fait la Une à Mieussy avec une autre compétition le Challenge Ventrons. Participaient à cette compétition des Suisses, des Hollandais, des Italiens, des Allemands, des Espagnols et bien entendu des Français. C'est Michel Sarthe, encore lui, qui l'emporte. A cette occasion, on voit fleurir une autre appellation pour le parapente : le parachutisme en montagne. Le 6 juin 82, Roger Fillon, préposé aux PPT et
aspirant-guide, pulvérisait le record de hauteur en décollant depuis
l'Aiguille Verte à 4 121 m pour atterrir à Chamonix. En 1983, les yeux sont
tournés vers le Mont Blanc. Cette année voit la mise en place de la première
coupe d'Europe de Vol de pente, toujours à Mieussy. Elle s'est déroulée les
21, 22 et 23 mai. Gâchée par le mauvais temps, elle voyait quand même gagner
la France. Deux mois plus tard, la Sème coupe de France était remportée par
Michel Sarthe. 1983, c'est aussi l'année qui voit la création du Para Club de
Chamonix par Philippe Mazeaud (le frère de l'autre) et par l'incontournable
Alain Estève. Année 1984 La première compétition de Parapente à Chamonix a lieu
les 9 et 10 juin 1984. Les décollages s'effectuaient sur le plan de l'Aiguille,
l'atterrissage étant situé sur le terrain de Chamonix Sud (dénivelé : 1 300
m). 8 sauts de précision furent effectués par chaque concurrent. L'intérêt
étant d'atterrir au centre de la cible. Le vainqueur fut celui qui afficha le
plus faible total en mètres et centimètres après addition de la distance d'éloignement
au centre de la cible des 8 manches.
1985 : le 11 juillet restera gravé dans l'histoire de
l'alpinisme : pour la première fois, un grimpeur, Pierre Gevaux, s'est lancé
d'un "8 000" (le Gasherbrum 2), suspendu à un parachute. La première
école pyrénéenne est créée à Accous puis à Barèges par le CERPP (le
stage coûtait 100 F pour la semaine et 30 F par jour pour la location du matériel,
la licence FFP : 84 F). A cette époque, on dénombrait 600 licenciés en
parapente. 1985, c'est aussi l'année où les stages se multiplient à Mieussy
et où bon nombre des parapentistes qui se sont engagés professionnellement
dans l'activité ont fait leur stage d'initiation. 1986, le parapente compte
environ 4 000 licenciés (FFVL et FFP confondues). En 1987 nous atteignons les
8000 à 9000 pratiquants. LE TEMPS DES PIONNIERS Voici le récit de l'itinéraire parapentiste de Jean-Pierre Spies. Après 8 ans passés dans l'enseignement, il travaillait dans un grand magasin familial comme attaché de Direction. Un jour de février 1982, en feuilletant des revues chez un marchand de journaux, il tomba en arrêt devant un article traitant de "Vol de Pente" paru dans la revue "Pilote Privé". Cela lui rappela des souvenirs mais aussi lui donna envie de retâter du parachute. Dans les années 70-71, il avait étudié un système volant appelé "parachute volant" ou "cerf-volant" mobile, constitué par un parachute ascensionnel, une corde et une ancre flottante. Il n'avait jamais sorti cet engin dans la baie d'Alger (où il se trouvait à l'époque) de peur de se le faire confisquer. Il avait cependant réalisé une manip avec un modèle réduit qui fonctionnait à la perfection. Le parapente n'existait pas et un seul club ascensionnel fonctionnait à Persan Beaumont sous la houlette du président Bourale. Il s'y rendit deux fois en deux ans. C'est donc 11 ans plus tard qu'il repris du service. En 82, il se rendit à Mieussy à deux reprises pour regarder. Seuls les parachutistes conventionnels volaient ainsi que de rares pilotes issus du parachutisme ascensionnel. Il décida de s'inscrire à un club d'ascensionnel dans l'Ain mais c'est à Persan Beaumont qu'il fit son premier baptême sous aile. Il y avait beaucoup de vent ce jour-là. Il y avait là Michel Tournier, Conseiller Technique National ainsi que Jean-Louis Bilweiss. Le second vol se déroula dans son club de l'Ain. Jacques Chevalier l'invita peu après à venir à Mieussy pour faire éventuellement un premier vol de pente. « Je volerai avec un Para Foil 189. Arrivé avec les autres au sommet, je prends le temps d'observer. Tous les pilotes passent la falaise sans problème. Je m'équipe. Je demande les derniers conseils d'un gars expérimenté. A l'époque, il n'y avait pas d'initiateur. Jacques se récuse pour incompétence, Jean-Louis affirme qu'il a déjà donné. Jean Claude Bétemps me dépanne enfin. Petit briefing et en avant ! Je mets toute la gomme et ça part du premier coup. C'est bien entendu fantastique. J'ouvre les yeux comme des billes, passage de la crête, ça y est. Encore quelques virages et j'atterris heureux, fier et tout et tout. » Jean-Pierre n'a alors qu'une seule idée, faire un deuxième vol, il ratissa l'herbe de ses fesses pendant un long moment et ce fut un second ravissement. « Je déchire mon pantalon à l'atterrissage. Nanou qui est sur le terrain me le fait remarquer. Curieusement, je n'ai plus du tout envie de voler. Je suis sans doute comblé ! »
En 1984, il n'y avait toujours pas de pente école ce qui rendait l'apprentissage douloureux. Dans la foulée il se présenta à l'examen d'initiateur parapente. C'était la première session. Jean-Claude Prévitale du même club que Jean Pierre se présentait aussi. Ils n'avaient suivi aucune préparation précise. Sur les 10 candidats, il y eu deux recalés, Jean-Pierre Spies et Roger Bedouet. On lui reprochait son manque d'expérience. Il avait pourtant eu de très bonnes notes en théorie... En 85, il fit plusieurs descentes à Mieussy avec les membres de son club. Il défricha également le site fabuleux de Roche-Franche près de Reculet dans les Monts Jura. Un an auparavant, il avait écrit au journal VSD pour qu'il vienne à Mieussy faire un article. Le papier parut en 85. Au printemps 85, il écrivit à une revue de delta pour dire son isolement dans le monde para. Elle lui répondit qu'elle n'était pas le seul et qu'elle allait faire un tour à Mieussy. Comme Malherber donc, on vint sortir le parapente de sa
cage. Une fois le parapente reconnu comme sport aérien à part entière, les événements
s'accélérèrent. Des fabricants de voiles naquirent un peu partout. Le
parapente se mit à recruter ses adeptes dans les milieux alpinistes, skieurs,
anciens du delta, anciens parachutistes de l'armée et d'ailleurs ainsi que le
simple quidam séduit par l'apparente simplicité du parapente. D'autres revues,
devant ce raz de marée, consacrèrent de nombreux articles à ce sport qu'elles
découvrirent un peu tardivement. A l'automne 85, il se présenta un stage de
moniteur, on disait initiateur de parapente. En mars 1986, Hubert Aupetit
organisa la première compétition de parapente au Salève. Le premier jour, il
fit mauvais temps. On remarqua. déjà Xavier Rémond et surtout Andréa Kuhn.
Le soir, au dîner, Jean Pierre se retrouvait à la même table que Jean Cosnard,
Laurent de Kalbermaten, et René Coulon. Le lendemain, Jean-Pierre donna les départs
de chacun des pilotes. Grand honneur en vérité. Les conditions aérologiques
étaient incertaines. Des pilotes tombèrent dans les arbres en contrebas. On
descendit à plusieurs pour les dégager... Il était temps d'arrêter les décollages. En cet hiver 85, Jean-Pierre effectua ses premiers vols dans le Jura, sur des pistes de ski à Morbier (près de Morez) et au mur des Truffes (près des Rousses). En 86, il vola du "Reculet" (900 m) et du Cinquétral (500 m). Pour ce dernier site, il fallut déboiser totalement le décollage. Et Jean-Pierre Spies continua son petit bonhomme de chemin et fit parler de lui dans les revues comme un ardent partisan des parapentes bi-plan... |