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Au nom de la passion

 

Dauphiné du 11 janvier 1990

Si Roger Bedouet est encore plus connu pour ses biplaces que ses parapentes, la tendance risque bien de se renverser rapidement.

 

Il adore les chevaux, la pêche, les soirées entre amis. Il déteste ceux qui copient, ceux qui profitent  mais il ne veut surtout pas rentrer dans une quelconque polémique.

Comme Gérard Bosson, l'un des conseillers-amis, Roger Bedouet est entier. « Des brevets, j'aurai pu en déposer des dizaines. Mais au fond, à quoi cela sert-il ? Pour moi l'important est de chercher et bien évidemment de trouver! L'aspect commercial du parapente ne m'intéresse pas, les couleurs n'ont jamais permis à une aile de mieux voler. Au contraire, certaines d'entre elles qui sont employées en ce moment à tort et à travers ont une durée de vie beaucoup plus courte que des couleurs sobres. En fait, en parapente, la couleur idéale, c'est le blanc. (là j'ai tout faux)

Mais, nous devons tenir compte des impératifs du marché, et le service commercial s'en occupe.

Car, Roger Bedouet s'est associé avec MM. Urquizar, Adam et Baron pour fonder, en mai 1989 la société Ventus. En moins d'un an d'existence, et grâce au sous-traitant bien connu V.T.N., la production a atteint les 180 voiles. Objectif fixé pour 1990, tripler ce chiffre au minimum.

La réputation de Ventus s'est faite par le bouche à oreille. Un biplace créé (dans la tête) en 1984, puis confectionné dans la cuisine sur une table avec la machine à coudre familiale. Résultat, 5 de finesse. Les meilleures voiles solo de l'époque plafonnaient à 2,8 ou 3 maximum. Et puis, à force de faire voler les autres, Roger Bedouet a décidé de se lancer... de ses propres ailes dans la fabrication de parapentes.

«Je garde de l'époque 1984-85-88 des souvenirs fabuleux. Au départ, les gens nous prenaient pour de véritables fous. Et puis, à force de nous voir voler en tandem, certains s'y sont mis. Un jour, avec Gérard Basson, nous avons fait voler à Mieussy une dizaine de personnes.

Elles étaient à Mieussy, une maison de retraite en vacances. La plus âgée affichait 81 ans. Impossible de décrire sa joie après le vol !

Aujourd'hui Ventus produit des ailes biplaces et des Monoplaces. L'Anémos et le dernier né Skyron se rangent dans la première catégorie, alors que dans la seconde on trouve la Boréa (idéale pour la montagne avec ses 3,4 kg et ses 43 km/h de vitesse de croisière), et la Coriolis destinée au pus grand public. Alors, cela veut dire que Ventus veut élargir son champ d'action et son étiquette « montagne ».

Bien sûr. La clientèle pour des voiles spécifiquement montagne n'est pas énorme. Nous avons la chance de posséder dans nos bagages ce type de voile, tant mieux. Mais aujourd'hui, nous nous lançons (comme tout le monde) vers des produits grand public. Avec bien évidemment un passé qui ne peut que nous servir, car une voile montagne doit réunir: facilité de gonflage, légèreté et stabilité en l'air.

Ces acquis nous servent énormément quant à l'élaboration des futurs modèles Nous faisons partie de L’ACFPULS et tenons compte des critères qui vont présider aux futures normes européennes. Aujourd'hui, tous les constructeurs jouent la carte de la sécurité. A ce propos, comment peut-on fabriquer des parapentes et dormir facilement. Les responsabilités sont énormes.  Tout à fait. J'ai horreur de voir voler mes voiles. Je ne supporte pas cela ! On ne peut s’empêcher de penser à l'accident, et c'est bien pour ce que nous jouons à fond la carte de la sécurité.

De quelle façon une Ventus prend forme ?

Il existe des profils, je pars toujours d'un profil existant, ayant fait ses preuve dans l'aviation ou le modélisme, et que je ne modifie jamais. Il faut qu’il soit capable de voler au premier essai. On dit qu’un  bel avion vole bien ! Puis je affine ensuite son calage, longueur du cône de  suspension, etc...  mais je ne le modifie pas dans son tracé originel. En fait, pour fabriquer de bon parapente il faut aimer son métier, le faire avec passion et conviction, le reste suit !